• Le Trafic Triangulaire

    En route, Clothilde parlait avec animation, elle était heureuse, avait la mine rose, épanouie, exprimant vie. Sa voix vibrait de bonheur dans sa gorge. Le trajet fut d’ailleurs court et ils descendirent de la voiture : Clotilde marchait devant Julien en sautillant comme une petite fille, dandinait en roulant ses fesses de joie. On dirait une agnelle bien gavée du lait maternel, qui exprimait sa joie et sa reconnaissance à sa mère. Julien souriait derrière elle en pensant au poète William Wordsworth, qui disait avec raison : « L’enfant est le père de l’homme ». En effet, Clothilde avait raison de jubiler de cette aubaine, qui lui tombait du ciel, un garçon robuste, grand, large d’épaules, dégageant une santé vivifiante. Un jeunot pareil plongé dans son giron était un don, une grâce, une bénédiction du Père céleste. Clothilde venait de recouvrer une sublime jeunesse, qui lui conférait sans partage Virginie. En effet, elle, petite et menue, lui, grand, les deux formaient un couple drôle en pronom personnel « il » : elle le « i » et lui le « l ». Alors, Clothilde ouvrit glorieusement la grande porte et ils entrèrent dans le Bar Western comme dans une merveille. La salle était aux trois-quarts bondée. La timidité gonfla la tête de Julien de honte. Il eut le sentiment que tous les regards étaient fixés sur eux. En tout cas, la rencontre extraordinaire de Julien et de Clothilde laisse imaginer une suite palpitante de rebondissements. On verra comment le jeunot s’y prendra avec Clothilde pour réaliser son rêve.

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